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« Il m'a dénigré, il m'a maltraité,
il m'a vaincu, il m'a volé. »
Pour ceux qui accueillent ce genre de pensées,
la haine n'est jamais apaisée.

« Il m'a dénigré, il m'a maltraité,
il m'a vaincu, il m'a volé. »
Pour ceux qui n'accueillent jamais ce genre de pensées,
la haine est apaisée.

En vérité, la haine n'est jamais apaisée par la haine,
la haine est apaisée par l'amour.
C'est une loi universelle.

Extrait du Dhammapada

Sommaire du numéro 24 :
 Puisse le XXIème siècle être non-violent

Sa Sainteté le Dalaï Lama

Une nouvelle perspective pour l'Institut
 Retraite et Méditation

 Guéshé Lobsang Tengyé

 La tendresse d'une mère, l'autorité d'un père

 Denis Huet

 Rencontre avec Cécilia

   Cécilia Berranger

 Regards Croisés

   Denis Huet et François Lecointre

 En bref  

Notre dossier : Mourir et s'y préparer
 Comment être utile aux mourants

 Kyabjé Zopa Rinpoché

 Harmoniser la pratique de sa vie avec les cinq pouvoirs

 Guéshé Rabten

 Service de prières pour les défunts  

Et encore...
L'art sacré des thangkas

   Richard Trigaux

Un jardin pour la paix

Thierry, le jardinier

L'éducation de Lama Osel  
Des nouvelles du projet Maitréya  
 Initiation de Gouhyasamaja à Londres  
Guéshé Tashi et le Pape
Les boites à mérites  
 Servir la FPMT
 Saka Dawa

   


Cette photo fait partie d'une série de huit cartes éditées par les Editions Vajra Yogini

Puisse le XXIéme siècle être non-violent

Sa Sainteté
le Dalaï Lama

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Il y a quarante-trois ans aujourd’hui, les Tibétains se soulevaient à Lhassa. Nous en célébrons aujourd’hui l’anniversaire et j’en profite pour réaffirmer ma conviction que le présent et l’avenir ont plus d’importance que le passé.
A la suite des évènements du 11 septembre dernier, le monde s’est fortement inquiété du problème que pose le terrorisme. Sur le plan international, les gouvernements, dans leur majorité, sont tombés d’accord pour penser que, dans la lutte qui s’engageait, il était impératif que soient joints leurs efforts et une série de mesures ont été adoptées. Malheureusement, celles-ci ont un défaut : elles ne prennent pas en compte les causes qui sont à l’origine du terrorisme. Ce qu’il faut ici, c’est une stratégie à long terme, permettant de développer une culture politique de non-violence et de dialogue, élaborée à l’échelle mondiale. La communauté internationale doit s’engager à apporter un soutien fort et efficace aux mouvements non-violents qui œuvrent en faveur de changements pacifiques. En effet, ce serait faire preuve d’hypocrisie que de condamner et combattre ceux qui se sont soulevés, poussés par la colère et le désespoir, tout en continuant d’ignorer ceux qui prônent avec constance le dialogue et la modération comme seule alternative constructive à la violence.
Nous devons tirer les leçons de nos expériences. Si nous examinons ce qui s’est produit au siècle passé, on peut voir que, parmi les causes de la souffrance humaine, la plus destructive est le choix de la violence pour résoudre les différends et les conflits. Le défi qui nous est posé aujourd’hui consiste donc à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que ce XXIème siècle soit un siècle de non-violence où les conflits seront résolus par la voie du dialogue...
… Dans le climat actuel de tension politique, les autorités chinoises au Tibet ont continué, l’an passé à soumettre les Tibétains de l’intérieur à de très graves violations des droits de l’homme, notamment la persécution religieuse. Cela a conduit un nombre de plus en plus élevé de Tibétains à fuir le Tibet au péril de leur vie et à aller trouver refuge ailleurs. L’été dernier, l’expulsion de milliers de moines et de nonnes, tibétains aussi bien que chinois, étudiants de l’Institut Tibétain d’études Bouddhistes de Serthar au Tibet oriental, a démontré l’intensité et l’ampleur de la répression menée au Tibet. Ces violations des droits de l’homme sont la preuve flagrante que les Tibétains sont privés du droit d’affirmer et de préserver leur propre identité et leur propre culture…
…Le dernier Panchen Lama a déclaré, le 24 janvier 1989 à Shigatsé, lors de son ultime allocution publique, que la présence chinoise au Tibet avait apporté plus de destructions que d’avantages au peuple tibétain. C’est de leur culture bouddhiste tibétaine que les Tibétains tirent les valeurs et les concepts qui inspirent leur vie quotidienne et auxquels ils se réfèrent : la compassion, le pardon, la patience et le respect pour la vie sous toutes ses formes. C’est pourquoi ils sont attachés à les voir préservés. Malheureusement, notre culture bouddhiste et notre style de vie sont menacés d’extinction totale. Les plans de « développement » chinois au Tibet visent, la plupart du temps, à assimiler définitivement le Tibet à la société et à la culture chinoises et à noyer démographiquement le peuple tibétain en transférant massivement des Chinois au Tibet…
… De nos jours, le monde tend à plus d’ouverture, plus de liberté, de démocratie et de respect des droits de l’homme. Aussi grande, aussi puissante soit la Chine, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est qu’une partie du monde. Tôt ou tard, elle devra s’aligner sur cette tendance mondiale. Dans les mois et les années à venir, le processus de changement entamé en Chine va s’accélérer. En tant que moine bouddhiste, j’aimerais voir la Chine, pays qui réunit près d’un quart de la population mondiale, entreprendre ces changements de façon pacifique. Dans cette perspective, chaos et instabilité ne peuvent qu’apporter plus de souffrances à des millions d’êtres et que faire verser plus de sang. Une telle situation aurait aussi de dangereuses conséquences pour la paix et la stabilité dans le monde. De plus, en tant qu’homme je souhaite très ardemment que nos frères et sœurs chinois connaissent la liberté, la démocratie, la prospérité et la paix…
… J’espère sincèrement que les dirigeants chinois trouveront le courage et la sagesse de choisir la négociation pour résoudre les problèmes du Tibet. Cela créerait un climat politique qui permettrait à la Chine, non seulement d’effectuer en douceur sa transition vers une ère nouvelle, mais aussi de donner au monde une image d’elle considérablement grandie. Cela ne manquerait pas non plus d’avoir un impact fort et positif sur la population de Taïwan en suscitant une authentique confiance, un réel espoir, cela contribuerait grandement au développement des relations sino-indiennes… La situation actuelle au Tibet n’est pas faite pour soulager les souffrances du peuple tibétain ni pour apporter stabilité et unité à la République Populaire de Chine. Tôt ou tard les autorités de Pékin devront regarder le problème en face. Pour ma part, je continue de croire en la politique du dialogue et je ne suis pas près d’y renoncer. Mes représentants désignés se tiennent prêts à rencontrer les délégués officiels du gouvernement chinois, en tout lieu et à tout moment, dès réception d’un signal positif de la part de Pékin. Ma position sur le problème du Tibet est claire et sans détour. Je ne cherche pas à obtenir l’indépendance. Ce que je cherche, comme je l’ai maintes fois déclaré, c’est que le peuple tibétain se voie donner un véritable pouvoir de s’autogouverner, le droit de préserver et développer sa civilisation et d’asseoir sa culture, sa religion, sa langue et son mode de vie. Pour ce faire, il est essentiel que les Tibétains puissent régler eux-mêmes toutes leurs affaires intérieures et décider librement de leur développement social, économique et culturel. En exil, nous poursuivons notre action visant à démocratiser la politique tibétaine. L’an dernier, en mars, j’ai fait savoir aux représentants élus de l’Assemblée des Députés du Peuple Tibétain qu’il reviendrait aux Tibétains en exil d’élire le prochain Kalon Tripa (chef du gouvernement tibétain) au suffrage direct et universel. Et en août dernier, pour la première fois dans leur histoire, les Tibétains en exil ont élu au suffrage direct Samdhong Rinpoché aux fonctions de Kalon Tripa, à la majorité de 84%. Ce jour-là un grand pas a été franchi par la communauté tibétaine en exil sur la voie du développement, de la maturité et de la démocratie. Je forme l’espoir que, dans l’avenir, le Tibet disposera, lui aussi, d’un gouvernement élu démocratique…
… Pour terminer, je rends hommage aux femmes et aux hommes courageux du Tibet, à ceux qui ont donné leur vie, à ceux qui continuent à le faire, pour la défense de notre liberté et je prie pour que cessent rapidement les souffrances de notre peuple.

Extraits du discours prononcé le10 mars 2002
à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement du peuple tibétain


Kalachakra pour la paix dans le monde
Sa Sainteté le Dalaï Lama donnera l’initiation de Kalachakra à Graz, en Autriche, du 11 au 22 octobre. Après les danses de préparation, les enseignements préliminaires à l’initiation auront lieu du 15 au 17 et l’initiation se déroulera du 19 au 22. Une traduction française sera assurée. Le livre Kalachakra, Enseignements Préliminaires et Initiations (éd. Vajra Yogini), vous permettra de vous familiariser avec ce tantra et de suivre plus facilement l’initiation. Pour plus d’informations, des dépliants en anglais sont disponibles à l’Institut. Si vous désirez vous renseigner quant aux possibilités de location d’appartements ou de partage de voiture, contactez Anila Michelle.

Une Nouvelle perspective pour l'Institut

Alors que Guéshé Lobsang Tengyé est sur le point de se retirer après plus de vingt ans passés à nous guider et que Denis Huet, directeur de l’Institut Vajra Yogini depuis 1983 a donné officiellement sa démission et commencé à transmettre sa responsabilité à François Lecointre, il nous a semblé important de faire le point sur cette nouvelle perspective qui s’ouvre pour l’un des plus grands centres guélougpas en Europe.
L’Institut amorce donc un nouveau virage. A travers les questions que lui a posées Sam Régad, Guéshé Lobsang Tengyé évoque le passé et l’avenir ; au cours d’une émouvante réunion, Denis a lu un vibrant hommage à Guéshé-lha ; l’ancien et le nouveau directeur échangent leurs points de vue ; après avoir été la voix de Guéshé-lha pendant plus de dix ans, Tenzin Trinley et sa famille nous quittent pour aller vivre à Lavaur. Cecilia nous livre son sentiment sur l’avenir. Regards croisés !

Retraite
et Méditation


Un entretien avec Guéshé Lobsang Tengyé

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Kadam : Pouvez-vous nous dire ce que vous comptez faire à l’avenir ?
Guéshé-lha : Je n’ai pas de grand projet maintenant, ni d’ambition particulière, je suis relativement âgé puisque j’ai 76 ans et j’aspire simplement à passer un ou deux ans à réciter des manis, des mantras et guère plus. Je n’ambitionne rien de particulier.

Kadam : Où allez-vous prendre votre retraite ?
Guéshé-lha : J’ai pensé initialement vivre à l’extérieur de l’Institut, mais les gens de l’Institut m’ont fait la requête de rester habiter sur le site et de même lorsque j’ai exposé mon souhait de prendre ma retraite à Lama Zopa, il a accepté et m’a demandé de rester habiter à l’Institut. J’ai finalement accédé à leurs requêtes et pour le moment il y a un projet de construire une petite maison sur le site de l’Institut, le projet est en cours, mais je ne sais pas encore si nous obtiendrons le permis de construire… Sinon probablement que je louerai ou qu’une maison sera louée pour moi à l’extérieur de l’Institut. Je n’ai pas de projet particulier autre que celui-là.

Kadam : Pensez-vous alors vivre en retraite ou recevoir vos disciples de cœur comme précédemment ?
Guéshé-lha : Mon souhait est de me placer plus en retrait, et lorsque des gens souhaiteront me rencontrer pour des problèmes importants, ce sera possible, mais pas à la même fréquence qu’auparavant. De toute façon un autre guéshé va me succéder et ils auront la possibilité de le rencontrer et de parler avec lui de ce qui les préoccupe. Pour tout ce qui concerne par contre l’organisation de l’Institut ou les enseignements, tout cela devra être traité directement avec le guéshé, il n’y aura pas besoin de me voir spécifiquement à ce propos.

Kadam : Quel est votre meilleur souvenir de toutes ces années à l’Institut ?
Guéshé-lha : J’ai passé une vingtaine d’années à l’Institut, je peux dire que globalement je me suis régalé d’être ici, quelque part je n’ai pas eu de difficultés particulières, ni de choses pénibles. Ce qui me réjouit le plus, c’est de voir qu’il y a quelques personnes qui ont pu écouter ces enseignements, en bénéficier, les mettre en pratique et donc se transformer. C’est pour moi la plus grande source de réjouissance. La raison essentielle de ma venue en Occident était de transmettre cet enseignement, de le diffuser et donc de voir que certaines personnes ont pu en tirer un bénéfice, ont pu le mettre en pratique, me rend très heureux.

Kadam : Y-a-t-il eu au cours de ces années des moments difficiles ?
Guéshé-lha : ça n’a pas été toujours linéaire, il y a bien eu de-ci de-là des moments plus difficiles, mais ils sont toujours restés secondaires, et je ne peux pas pointer quelque chose en particulier qui aurait été particulièrement difficile.

Kadam : Auriez-vous un regret quelconque, quelque chose que vous auriez aimé accomplir et que vous n’avez pu réaliser ?
Guéshé-lha : Je n’ai pas de regret, ni de remord, tout au long de ces années j’ai fait de mon mieux, je n’aurais pas pu faire ni mieux, ni plus, à chaque moment. Maintenant, je m’en vais mais je sais que le nouveau guéshé, Guéshé Tenzin Dorjé qui vient du monastère de Séra va arriver et je le considère comme meilleur que moi. ça ne peut donc qu’aller encore mieux, par conséquent, je n’ai aucun regret et je ne me fais aucun souci.

Kadam : D’après votre expérience de l’Occident, y-a-t-il quelque chose qui caractérise les étudiants ou les pratiquants occidentaux ?
Guéshé-lha : Ce que je pourrais peut-être dire, c’est qu’au début, les étudiants occidentaux ont une réelle détermination, ils ont une certaine force, de l’enthousiasme. Est-ce dû à des empreintes antérieures ? Je n’en sais rien ; mais ensuite, ils manquent de stabilité. Soyons clairs, je parle ici d’une façon globale, je ne dis pas que c’est le cas de tout le monde, il y a des gens qui sont stables, dont l’enthousiasme perdure, etc. Mais je parle d’une façon très générale.

Kadam : Voilà une question qui risque de vous faire sourire. avez-vous rencontré un ou plusieurs étudiants occidentaux qui aient des réalisations intéressantes ?
Guéshé-lha : Sans me limiter aux disciples qui sont ici, je parle donc des gens qui sont en France ou même plus largement, je peux dire qu’il y a des êtres dont la pratique est très bonne, il y a des êtres qui montrent des signes qui peuvent présager qu’ils ont des réalisations. Mais je ne peux rien affirmer. Simplement au contact d’un ou deux (ici je ne fais pas de généralité) on pourrait avoir l’impression qu’ils ont des réalisations. Quand on parle de réalisations, particulièrement dans le bouddhisme tibétain, il ne faut pas imaginer qu’il s’agit de pouvoir voler, de se déplacer dans les airs ; on parle de réalisation à partir du moment où par exemple quelqu’un qui était extrêmement coléreux, s’est assoupli, est devenu plus aimant, plus bienveillant. C’est clair que des personnes qui étaient très colériques, sont parvenues à se contrôler et ont vu leur caractère s’assouplir ; des gens qui avaient un comportement très négatif, voire nuisible, se sont transformés au fur et à mesure de leur pratique. On peut dire que ce sont là des signes extérieurs de réalisations. Et même je pense que des êtres qui ont renoncé par exemple à la drogue, -que ce soit fumer du haschich ou prendre de la drogue sous quelque forme que ce soit- quelqu’un qui était dépendant et qui a arrêté, je considère que le fait d’arrêter est en soi une réalisation. Si on ne se situe donc pas du point de vue de la lévitation, je pense que certaines personnes ont développé des réalisations, comme de voir leur esprit plus maîtrisé quant à certaines émotions perturbatrices. Et par exemple, je vois certaines personnes qui avaient des actions négatives de par leur travail, qui en ont pris conscience et qui ont changé de travail ou de statut, etc. Ceci est pour moi une source de réjouissance. Par exemple, chaque année, il y a à peu près cinquante personnes qui prennent refuge nouvellement. Prendre refuge implique de ne plus tuer. Et le seul fait de voir chaque année cinquante personnes prendre la décision de ne plus tuer, est pour moi une source de joie. De ce point de vue, je pense que c’est bénéfique à la fois pour moi-même et pour autrui.

Kadam : Pensez-vous que le fait d’avoir été promu directeur spirituel de l’Institut ait favorisé votre œuvre de Bodhisattva de façon plus conséquente que si vous étiez resté dans un monastère en Asie ?
Guéshé-lha : J’ai l’impression que le fait d’être venu en France m’a peut-être donné l’occasion d’être plus bénéfique aux gens que si j’étais resté en Asie. Une des raisons est qu’en Inde, dans les monastères, il y avait de nombreux érudits, des maîtres dans leurs domaines, et je ne vois pas ce que j’aurais pu apporté de plus. Par contre, en venant ici, je suis arrivé dans un endroit où le bouddhisme n’était pas vraiment répandu, et donc j’ai pu expliquer des choses à des gens qui ne connaissaient rien au bouddhisme. Je pense que de ce point de vue là, j’ai pu aider certaines personnes à développer une compréhension du bouddhisme, c’est dans ce sens que je crois que mon action a pu être plus bénéfique que ce qu’elle aurait été là-bas. ça me fait penser que tout à l’heure, quand tu me demandais ce que j’ai trouvé de plus difficile, je peux dire que ce qui m’a causé le plus de difficulté a été de ne pas parler la langue, de ne pas pouvoir m’exprimer directement. Mais je suis paresseux fondamentalement, c’est pour cela que ça ne s’est pas fait.

Kadam : Pensez-vous que la préservation et le développement du Dharma en Occident soient sur la bonne voie ? L’essence du Dharma est-elle comprise ?
Guéshé-lha : L’essence du Dharma est bel et bien arrivée en Occident ; il n’y a pas de doute, elle est venue à travers les différentes traditions : Sakya, Kagyou, Nyigma, Guéloug. Tout est arrivé, sans aucun problème. Maintenant, comment est-ce que cela va évoluer ? Je ne le sais pas, il n’y a pas de certitude qu’il n’y ait pas de dégénérescence. On n’est pas à l’abri d’une dégénérescence, je ne peux présager de cela. Avec l’émergence actuelle de nombreux enseignants occidentaux, il n’y a pas de certitude quant à ce que sera l’évolution. L’essence du Dharma est bien arrivée en Occident, l’essence du Dharma est bien transmise en Occident et elle est bien comprise en Occident, il n’y a pas de doute à ce propos. Par contre, qu’est-ce qui va être fait dans l’avenir ? Je n’ai aucune certitude.

Kadam : Si l’essence du Dharma a été transmise et comprise, comment pourrait-il y avoir une dégénérescence dans l’avenir ?
Guéshé-lha : Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une partie des gens qui ont réellement compris l’essence du Dharma, mais il y a également une émergence de différents enseignants qui ont plus ou moins bien compris le Dharma et donc le nombre de ceux qui l’ont compris risque d’être absorbé par ceux qui ont moins bien compris le Dharma et qui le transmettent. De plus comme les gens fonctionnent beaucoup sur un mode émotionnel, cela risque de favoriser des enseignants qui sont plus charismatiques mais qui n’ont pas compris le Dharma, ce qui est à l’origine de la dégénérescence du Dharma. C’est vrai que j’exprime des doutes : car les enseignants qui ont réellement compris le Dharma peuvent être tenus à l’écart par ceux qui n’ont pas bien compris. Et donc on peut faire des amalgames, et c’est ce qu’on voit déjà potentiellement.

Kadam : Puis-je vous demander quels étaient les critères qualifiant les enseignants au Tibet ? était-on qualifié par un niveau d’études ou par un niveau d’études accompagné de réalisations authentifiées par des maîtres ?
Guéshé-lha : Au Tibet, ce n’était pas autant formalisé, il n’y avait pas de règle établie. On pouvait très bien désigner quelqu’un comme professeur, car c’était quelqu’un qui nous enseignait les textes ou les commentait. Ca n’impliquait pas que cette personne ait des réalisations ; ça impliquait, de fait, qu’elle ait un niveau avéré de connaissances, et certains avaient des réalisations parce qu’ils avaient médité parallèlement , mais d’autres n’en avaient pas. Il n’y avait rien de vraiment uniformisé au Tibet, c’était assez disparate d’un coin à l’autre du pays ou même d’un monastère à l’autre. C’était régi de façons très diverses. Et bien sûr, tous les gens au sein d’un monastère n’enseignaient pas.

Kadam : Il est bien dit dans les textes que les maîtres enseignent soit à partir des textes, soit à partir de l’expérience. Or, certains étudiants pensent que le fait que les enseignants occidentaux n’aient pas de réalisations concourre à la dégénérescence du Dharma. Qu’en pensez-vous ?
Guéshé-lha : Si on regarde de façon plus absolue, transmettre le Dharma véritable requiert de la personne qui le transmet une certaine expérience. Cette personne doit avoir utilisé ce qu’elle a compris et qu’elle va enseigner, il faut qu’elle l’ait assimilé. Par exemple au Tibet, on avait de nombreux types d’enseignants : il y avait des gens qui nous transmettaient le Lam Rim, de par leur expérience-même, et d’autres personnes qui nous commentaient des textes et c’était là plutôt une étude livresque.
Il est vrai que si l’on suit strictement les textes du Lam Rim, il est dit que pour pouvoir transmettre le Lam Rim, il faut l’avoir assimilé. Sinon, c’est comme si on était un pot vide qui se verserait dans un autre pot vide. Ce n’est pas toujours le cas dans la réalité, mais c’est ce qui est affirmé dans le Lam Rim. En bref une expérience, une pratique personnelle est requise.

Entretien traduit par Valérie Camplo et réalisé par Sam Regad

La tendresse d'une mère,
l'autorité d'un père
Denis Huet

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Très vénérable et très précieux Guéshé Lobsang Tengyé. C’est du fond du cœur que nous vous remercions de votre compassion sans limites et des conseils pleins de sagesse que vous nous prodiguez depuis maintenant plus de vingt-et-une années. Nous voudrions vous remercier aussi pour tous ces enseignements vastes et profonds tant sur les soutras que sur les tantras que vous nous avez donnés.
Grâce à vous, l’Institut a pu recevoir les plus grands maîtres pour le bien d’un nombre croissant d’étudiants : Sa Sainteté le Dalaï Lama en 1982 et 1993, Sa Sainteté Sakya Trinzin en juillet 1998 ; et au cours de ces 21 années, nombreux sont les Lamas parmi les plus renommés venus donner initiations, commentaires et enseignements : Song Rinpoché, Serkong Rinpoché, Guéshé Ngawang Dargey, Lati Rinpoché, Kirti Tsènshab Rinpoché, Khènsour Rinpoché, sans oublier Lama Yéshé, Lama Zopa Rinpoché et bien d’autres encore.
Vous avez su guider nos pas d’enfants sur la voie qui mène à la libération et à l’éveil, nous préservant des obstacles et des interférences avec la tendresse d’une mère et l’autorité bienveillante d’un père. Sans vous que serions-nous devenus !...
Que seraient devenus tous vos disciples et étudiants, si vous ne les aviez attrapés et retenus avec le crochet de votre compassion et l’attrait de vos enseignements clairs et lumineux, logiques et subtils qui expliquent tout !
C’est donc les mains humblement jointes que nous nous présentons devant vous au nom de tous vos disciples, étudiants, au nom des membres de l’Institut et à la demande de Lama Zopa Rinpoché, pour du fond du cœur vous rendre hommage.
Puissiez-vous vivre longtemps et répandre sur tous les êtres vos trésors de compassion et de sagesse.

Rencontre avec
Cécilia

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Sam Regad a sollicité un entretien auprès de Cécilia Berranger afin de faire découvrir cette personne qui a plus d'une fonction à l'Institut et qui vient d'être nommée vice-présidente de l'association Vajra Yogini.

Kadam : Tout d'abord, Cécilia, je pense qu'il serait utile que tu rappelles quand tu es arrivée à l'Institut.
Cécilia : Je suis arrivée à Vajra Yogini, au mois de mai 83. Lama Yéshé m'a dit que ce n'était pas un hasard que je sois là. Je suis restée six semaines, puis je suis repartie. A mon retour, alors que je montais le chemin du château, j'ai vu Denis venir vers moi et dire : « enfin, je t'attendais ! Tu es responsable de la cuisine ! ». C'était la surprise. J'ai rencontré ensuite Lama Yéshé qui m'a dit de rester à l'Institut. Dans la même année, j'ai rencontré Lama Zopa et pour moi c'était évident que je devais rester.

Kadam : Par la suite quel poste as-tu occupé ?
Cécilia : Pendant trois ans rien n'était vraiment défini, mais j'étais souvent à la cuisine. Au fur et à mesure la structure de l'Institut a émergé. Les gens venaient à l'Institut durant trois mois de l'année, l'hiver, il faisait trop froid. à cette époque, on faisait de longues retraites. Je crois qu'à partir de 87, Lama Zopa a commencé à demander des projets précis. Mais à mon avis, c'est à partir de la venue du Dalaï Lama en 93, que l'Institut a existé à part entière, la structure était bien en place. La préparation de la visite de Sa Sainteté a pris un an, et tout le monde a appris beaucoup de choses. à ce moment-là, Guéshé-lha m'a demandé de seconder Denis qui avait trop de travail. J'ai continué ce que je faisais, et que je fais toujours : je me consacre au quotidien de l'Institut. Je gère le travail, les priorités, les achats, les chambres, les salles d'animation. J'ai donc pris une grande partie de ce que faisait Denis et dont il n'avait plus le temps de s'occuper. Je m'occupe également des bénévoles et des demandes de résidents. La seule chose que je crois unique en ce qui me concerne est que durant toutes ces années et particulièrement maintenant, c'est que je suis pratiquement la seule personne de l'Institut à avoir une vue globale. Il y a des personnes qui connaissent très bien leur propre secteur, mais très peu ont un contact avec tout le monde.

Kadam : Puisqu'une période de changement se dessine à l'Institut, comment vois-tu l'avenir ? As-tu des projets particuliers ?
Cécilia : On a longuement discuté de l'avenir de l'Institut. Mais j'ai toujours souhaité qu'il y ait de la place pour les retraitants, pour les gens qui souhaitent faire une longue retraite, pas seulement l'hiver mais toute l'année. J'ai eu cet écho de tous les visiteurs. J'ai vu Lama Zopa avec Denis lors de sa dernière visite, et sans que j'aille trop loin dans mes explications, il était tout à fait content que nous prenions cette direction. Il ne s'agit pas que l'Institut devienne un centre de retraites, il est important que les enseignements se poursuivent. Mais il faut développer la pratique. Nous avons reçu des enseignements durant des années et très peu d'opportunités de pratique. Je pense que maintenant les conditions sont réunies.

Entretien réalisé par Sam Regad

 

Regards croisés 

Un entretien avec
Denis Huet et
François Lecointre

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Kadam : Denis, comment François a-t-il été choisi pour te succéder à la tête de l’Institut ?
Denis : Approchant de mes 69 ans et ressentant une certaine fatigue, j’ai fait part à Guéshé-lha il y a un certain temps, de mon désir de prendre ma retraite. Guéshé-lha m’a alors parlé de François et m’a suggéré d’essayer de le faire venir dans un premier temps comme coordinateur du programme spirituel. L’idée m’a tout de suite plu. J’ai en effet beaucoup d’estime et de sympathie pour François, que j’avais rencontré à plusieurs reprises quand il dirigeait le centre Kalachakra à Paris, mais je n’avais pas pensé à lui car je pensais que son travail le retenait à Paris.
En juillet dernier, François a donc accepté d’assurer le poste de coordinateur du programme spirituel, un travail en profondeur auquel je n’avais pas eu vraiment le temps de me consacrer ces dernières années. Il s’est donc installé à l’Institut et les mois suivants m’ont confirmé que le choix de Guéshé-lha était juste. François acceptant l’éventualité de devenir directeur, j’ai donc proposé son nom à Lama Zopa Rinpoché, qui choisit personnellement les directeurs de centre. Lama Zopa a confirmé que c’était un bon choix et j’en suis personnellement très heureux.

Kadam : De ton côté François, comment reçois-tu à la fois ce témoignage d’une grande confiance et la charge d’une telle entreprise ?
François : J’espère mériter cette grande confiance, mais je me sens tout petit par rapport à l’ampleur de la tâche. L’Institut est un des plus grands centres de la FPMT et de Lama Zopa Rinpoché ; au niveau personnel, c’est donc un grand challenge de prendre une telle responsabilité. J’ai eu l’occasion de venir à l’Institut pour des enseignements et des retraites, mais ayant une maison en Bourgogne et mon travail à Paris je ne m’imaginais pas déménager dans le Sud-Ouest. Quand Denis et Guéshé Tengyé m’ont demandé de venir pour coordonner le programme spirituel, j’ai d’abord demandé à Lama Zopa Rinpoché ce qu’il en pensait. Il m’a répondu que c’était une bonne idée. Violette étant partante, nous avons décidé de nous organiser pour venir. Je continue d’écrire quelques articles pour gagner notre vie et nous pouvons donc tous les deux travailler bénévolement pour l’Institut. Tout s’est ensuite enchaîné, Denis, Guéshé Tengyé et Lama Zopa trouvant utile que je prenne la direction, je n’avais pas de raison de refuser. J’espère que je pourrai être à la hauteur de cette tâche.

Kadam : Denis, peux-tu nous décrire en quelques mots les diverses phases qu’a traversé l’Institut au cours de ces vingt ans ?
Denis : Lorsque je suis rentré d’Inde en 1981, j’ai rencontré Lama Yéshé pour me mettre à sa disposition. Il m’a envoyé à l’Institut aider Elisabeth Drukier, la première directrice, à préparer la venue de Sa Sainteté le Dalaï Lama en novembre 1982. Je suis donc arrivé à l’Institut le 13 juillet 1982. Je me suis d’abord occupé des travaux de peinture, puis pendant la venue de Sa Sainteté, j’ai été chargé de la sécurité.
La première communauté a énormément travaillé à rendre les bâtiments accessibles au public. Quand ils sont arrivés, il n’y avait pas de toilettes, pas de tout-à-l’égout, etc. Pendant quelques mois, c’était un peu comme les tranchées de Verdun en 17 ! à la même période, les enseignements publics ont commencé ainsi que des stages parallèles de yoga, taï-chi... Lorsque Lama Yéshé m’a demandé de prendre la direction de l’Institut, début 83, une seconde communauté s’est formée, avec une quinzaine de personnes. Ensuite il y a eu plusieurs phases… Les attentes et les projections des uns et des autres sur ce que devait être un centre bouddhique idéal n’étaient pas forcément concordantes, il n’a pas toujours été facile de rallier tout le monde autour d’un projet commun, ça a pris des années !
L’Institut est passé à travers ces différentes épreuves que je considère quant à moi comme une purification intense. J’ai le sentiment que cette longue phase de purification est plus ou moins terminée et que les fondations sont maintenant bien en place. Les conditions semblent réunies pour permettre à l’Institut de se développer.

Kadam : Quelles ont été tes joies et tes satisfactions les plus grandes durant ces années ?
Denis : La satisfaction la plus grande, tout le monde en conviendra, ça a été la venue de Sa Sainteté en 1993. Nous nous sommes sentis portés par l’énergie de Sa Sainteté le Dalai Lama, avec le sentiment de vraiment faire partie de son mandala. Grâce au soutien de Guéshé-lha, une véritable équipe s’est formée et c’était une très grande joie de pouvoir travailler dans des conditions qu’on n’avait pas toujours connues auparavant.
Une autre grande joie a été la construction de la stoupa Kadampa érigée à la mémoire de Lama Yéshé. D’après Guéshé-lha, c’est la plus haute du monde, parce que cette forme de stoupa n’est pas très courante. Au Tibet, il devait y en avoir trois et la plus haute mesurait deux mètres. Alors c’est une satisfaction d’avoir une stoupa Kadampa de huit mètres cinquante de haut devant le château ! C’est Martin Fishter, l’actuel coordinateur FPMT pour l’Europe, qui a tout organisé : la collecte des fonds, la prise de contact avec les compagnons qui l’ont construite, le remplissage de la stoupa. ça a été une très grande joie pour tous de la voir terminée.

Kadam : Penses-tu que toutes tes années de travail à l’Institut ont contribué à ton développement spirituel personnel ? En d’autres termes, as-tu eu le temps de penser à ta pratique ?
Denis : Souvent, quand on arrive à l’Institut en tant que résident, on a l’idée qu’on va pouvoir pratiquer intensément. Mais en fait nous sommes ici au service des autres, et notre propre pratique doit passer au dernier plan. On peut développer un sentiment de frustration à ne pas suivre les enseignements alors qu’on est aux premières loges. Matériellement, je n’ai effectivement pas eu le temps de suivre des enseignements ou de faire des pratiques comme je l’aurais souhaité. Quand j’ai pu le faire, j’ai souvent eu du mal à lâcher prise des multiples problèmes du quotidien, des problèmes de visas à la sécurité sociale... Quant à mon développement personnel, il est clair que je n’ai aucune réalisation. Je ne suis pas à même de dire si j’ai progressé sur le plan spirituel, mais en tout cas je peux dire que j’ai beaucoup appris sur moi-même et sur le fonctionnement de l’esprit.

Kadam : Comment as-tu géré la responsabilité de cette grande entreprise ?
Denis : Pendant longtemps, il a été très difficile de prendre des décisions qui soient acceptées par l’ensemble de la communauté. Les positions des uns et des autres étaient plutôt extrêmes que « madhyamika » et il n’était pas évident de trouver des consensus. Je me souviens de certaines réunions de communauté où certains avaient repris le slogan de mai 68 : « il est interdit d’interdire ! » L’idée était de mettre en place un règlement, mais où le mot interdit ne soit pas mentionné. Cet exercice de style s’est avéré impossible. J’ajouterai que ce qui m’a frappé au cours de ces deux décennies, c’est de voir que quel que soit le tempérament des uns et des autres -et Dieu sait s’il y a eu des tempéraments forts !- on n’a pas raison face à une communauté. Tôt ou tard on est obligé de temporiser son point de vue. Très vite j’ai compris qu’étant dans une communauté spirituelle, nous devions accorder la primauté au spirituel, et que je devais donc m’appuyer sur Guéshé Tengyé. Pour qu’un centre fonctionne, il est clair qu’il faut qu’il y ait un accord complet entre le Guéshé et le directeur. Sinon, on court à la catastrophe. Pratiquement, je n’ai donc pris aucune décision importante sans en référer à Guéshé-lha. Pour moi, le vrai patron de l’Institut c’est Guéshé-lha. Je tiens également à rendre hommage à tous les résidents qui se sont succédés au cours des années. Sans leur bénévolat, l’Institut n’existerait pas. Merci à tous !

Kadam : Quels sont tes souhaits pour l’avenir de l’Institut et pour François ?
Denis : Comme je l’ai dit, je pense que nous avons subi une purification très intense et que maintenant les bases de l’Institut sont établies. Je suis sûr qu’avec François et l’équipe actuelle les conditions sont réunies pour que l’Institut continue de se développer et qu’il puisse répondre à l’intérêt grandissant pour le bouddhisme. Et donc, je souhaite à François bonne mer et bon vent.

Kadam : François, tu es arrivé à l’Institut l’été dernier, quelles ont été tes premières impressions ?
François : J’ai été très bien accueilli et j’ai été surpris de me sentir très rapidement partie intégrante de la famille. Et puis j’ai constaté avec joie que l’ambiance était très bonne. On m’avait souvent parlé des périodes difficiles qu’avait traversées la communauté et ce n’est pas du tout ce que j’ai découvert à l’Institut. Je suis sans doute arrivé à un bon moment. Lama Zopa Rinpoché était passé au printemps et sa visite a certainement débloqué certaines choses.

Kadam : Maintenant que tu es promu au poste de responsable, quel regard portes-tu sur la situation de l’Institut ?
François : L’Institut est dans une excellente dynamique à tous points de vue, ce qui me permet d’aborder ma nouvelle responsabilité avec une grande confiance. La situation financière est très saine, ce qui est une grande chance car ce n’est pas le cas de tous les centres bouddhistes. L’Institut a déjà pu mener à bien une grande partie de la rénovation de ses bâtiments, et même s’il reste encore beaucoup de chantiers en attente, une grande partie de la rénovation et de la sauvegarde des bâtiments a déjà été faite. Au niveau spirituel, l’Institut profite sûrement de la médiatisation du bouddhisme en Occident : il y a beaucoup de gens nouvellement intéressés qui téléphonent, viennent aux enseignements. Toutes les conditions semblent donc réunies pour que l’Institut puisse offrir de plus en plus de bénéfices à un nombre de plus en plus grand de personnes.

Kadam : Tu viens de participer à une réunion de directeurs des centres, où tu as rencontré Lama Zopa Rinpoché. Peux-tu d’ores et déjà nous faire part de tes projets pour l’Institut ?
François : Un premier axe important suggéré par Rinpoché lors de sa visite au printemps 2001, est de mettre un peu plus l’accent sur les pratiques et sur les retraites. L’Institut a un cadre idéal pour accueillir des retraitants, mais il faut trouver les moyens d’améliorer encore notre programme dans ce domaine. Pour les retraites individuelles, les chambres du château ne sont pas toujours très adaptées. Nous pourrions bâtir des cabines individuelles de retraite ou restaurer une partie des dépendances dans ce but.
Quant aux enseignements, pour répondre aux souhaits de Lama Zopa Rinpoché, nous devons progressivement mettre en place les programmes d’études de la FPMT. Depuis septembre dernier, près de soixante-dix membres de l’Institut étudient Les Fondements de la Pensée Bouddhique, un programme proposé par Guéshé Tashi, le Guéshé résident du centre FPMT de Londres, qui s’adresse aux étudiants de niveau intermédiaire. Nous sommes très heureux de constater le sérieux et l’assiduité avec lesquels les étudiants viennent tous les mois partager en groupe leur travail personnel. Forts de cette expérience très réussie, nous mettrons en place l’année prochaine un programme intitulé Découverte du Bouddhisme. Il est plutôt destiné aux débutants et allie enseignements, lectures à la maison, groupes de discussions, méditations quotidiennes. Fin 2003, dans le prolongement du programme de Guéshé Tashi, nous mettrons probablement en place le Basic Program, qui est un cursus sur cinq ans à destination d’étudiants intermédiaires ou avancés.
La mise en place de tous ces programmes nécessitera certainement l’implication de nombreux anciens étudiants, puisqu’il faut animer des groupes de discussion, guider des méditations... C’est là une direction intéressante car les anciens étudiants ne savent pas toujours comment continuer à s’impliquer à l’Institut.
Dans les prochaines années, nous devrons aussi certainement développer nos activités dans le domaine de l’éducation universelle, un projet qui tient très à cœur à Lama Zopa Rinpoché. à l’Institut, nous avons déjà tous les étés un atelier pour adolescents. En collaboration avec le bureau international de la FPMT, nous devrons continuer à développer des programmes à destination des enfants et des adolescents.
à ces projets, il faut bien sûr ajouter la poursuite de l’essor des centres et des groupes d’études liés à l’Institut : à Balma, à Toulouse, à Castres, et sans doute à Albi l’an prochain. L’idée est de proposer de plus en plus d’enseignements en ville, pour éviter aux citadins d’avoir à se déplacer trop souvent jusqu’à l’Institut. Nous pourrons offrir aux gens des villes la possibilité de méditer sur les enseignements reçus « chez eux » dans le cadre propice du château. à ce propos, j’ai l’espoir que Charles, un des « enfants chéris » de l’Institut, puisse se rapprocher prochainement de nous pour contribuer à accentuer cette dynamique de pratique et de retraite.
Enfin, bien sûr, nous continuons à faire régulièrement la requête à Lama Zopa Rinpoché de venir enseigner ou guider une retraite à l’Institut. Continuons à prier pour que ce souhait se concrétise très rapidement. .
Voilà pour les axes dans le domaine spirituel ; il y a évidemment un autre chantier beaucoup plus matériel et qui paraît perpétuel, comme dans toutes les vieilles bâtisses, c’est de poursuivre la rénovation des bâtiments, petit à petit. C’est un projet important car c’est ce qui nous permettra d’accueillir plus de monde et dans de meilleures conditions. Quoi qu’il en soit, le chantier prioritaire pour cette année est la construction d’une maison pour la retraite de Guéshé-lha. Grâce à Guéshé Tengyé, l’Institut a pu offrir à un grand nombre d’êtres de grands bénéfices depuis près de vingt-et-un ans. Nous avons aujourd’hui une opportunité formidable de lui témoigner notre reconnaissance. Merci d’avance à tous ceux qui pourront aider !

Kadam : As-tu des craintes particulières ?
François : Non, d’autant que Denis va rester au moins jusqu’à la fin de l’année pour me passer les dossiers et terminer la mise en place de la structure légale, fiscale et comptable des différentes associations qui constituent l’Institut. Lorsque je l’ai vu le mois dernier, Lama Zopa Rinpoché m’a conseillé de garder Denis près de moi et de m’appuyer sur lui. Merci à lui d’avoir accepté !
Entretien réalisé par Sam Regad


En bref

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Le futur guéshé
Choisi par Lama Zopa Rinpoché pour prendre la succession de Guéshé Tengyé, Guéshé Tenzin Dorjé est un bon ami de Guéshé-lha puisqu'il fait partie du même khamtsèn au monastère de Séra. Entré au monastère de Séra du Tibet dans les années 50, Guéshé Tenzin Dorjé s'était lui-aussi exilé en Inde après 1959 et le départ de Sa Sainteté le Dalaï Lama. Il y continua ses études dans le camp de Buxar, puis au monastère de Séra reconstruit dans le Sud de l'Inde, où il obtint son diplôme de guéshé. Selon Lama Zopa Rinpoché et Guéshé Tengyé, Guéshé Tenzin Dorjé est un très bon enseignant et tous ceux qui le connaissent l'apprécient beaucoup, notamment pour sa bonne humeur.

   Au revoir Tenzin
A l’occasion du départ de Tenzin, Tséring, Dolkar et Sonam pour une nouvelle vie vauréenne, un repas a été organisé à l'Institut avec Guéshé-lha. L'occasion de remercier Tenzin, qui était arrivé à l'Institut en 1983, pour ses quinze ans de traduction en tandem avec Marie Henry, qui nous ont permis de goûter au miel des enseignements de Guéshé Tengyé et de nombreux autres lamas. « Merci à vous quatre pour votre joie de vivre, votre gentillesse et les nombreux talents que vous avez partagés, conclut Denis Huet. Et n'oubliez pas que vous serez toujours bienvenus au château ! ».


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